The Fall Guy

13 July 2010 – Dimanche matin, meteo pas trop moche, on embarque Nico et Cecile, nos deux CS du moment et zou, direction le Sud.

Faut savoir qu’en Calédonie, aucune carte n’existe, mis à part les grands axes. J’avais demandé a un gars qui fait lui aussi du 4×4 de m’indiquer une piste sympa, pas trop hard pour une vieille guimbarde, et accessible dans la journée.

Nous voilà donc partis pour la Route de Yaté, en direction du Parc de la Rivière Bleue, qu’il est donc possible apparemment de rejoindre depuis la bas de la route… Tu parles, Charles.

Deux heures de tournicotage pour finir dans une propriété privée, une ferme perchée en haut de nulle part, je suis accueilli par Mathilde, une canaque, et son mari/compagnon, un caldoche. Ils n’ont pas du descendre de la haut depuis quelque décenies, à voir leur tronche, la ferme, et surtout les explications du mec… Selon lui, la route en bitume n’est pas encore construite (sisi m’sieur, elle fait tout le tour de la Grande Terre) :lol:

Bref, direction Prony cette fois, pensant abandonner la piste et Ô miracle, on tombe sur ce que je cherchais depuis le matin : Le Pont des Japonais. (ligne de chemin de fer construite par les ouvriers Japonais, pour rejoindre une mine. Le chantier fut interrompu en 1942 au bombardement de Pearl Harbor…)

La piste longe en partie le pont et puis d’enfonce dans la montagne. L’absence de cartes rend la rando un peu compliquée, puisqu’à chaque embranchement c’est à pile ou face qu’on decide la direction. Mamie Tromblon (le Pajero, 1991 rappelez vous) se debrouille pas trop mal. Elle grince de partout mais je suis toujours en 2 roues motrices et ca grimpe, enjambe, franchit, gravit, descend…sans broncher. Malgré la suspension fatiguée, les passagers ne se plaignent pas encore du mal de mer…

On continue donc sur cette piste, à travers les paysages superbes, contrastes entre le rouge du sol, le vert des arbres et le gris du ciel. Joli mélange de couleurs.

Un peu plus loin, j’engage la boîte de transfert parce que la piste se dégrade, et on atteint la Rivière des Pirogues. Petit essai à pied, et erreur : je dis que ça passe… :oops:

Et ben ça passe, ça passe, ça passe pas, ça passe pas du tout :shock: Gros rocher, je glisse, le train avant pique du nez, le Pajero pose son chassis sur le caillou et les 4 roues tournent dans le vide. Brr brr, blub blub le moteur se coupe, la batterie prend l’eau, Audrey crie “y a de l’eau qui rentre”.

Hop, pas une seconde a perdre, ramassez vos affaires et tout le monde dehors. Ni une ni deux les 4 se retrouvent avec de l’eau jusqu’aux cuisses, et nous voilà sur la berge, pendant que Mamie se noie…

Bon, on fait quoi ? Tirer, pousser ne sert à rien. Pas de couverture Mobilis donc pas de secours possible. Audrey part avec Cécile chercher du réseau et appeler à l’aide (et se barrer vite fait, m’avouera Audrey :roll:). 30min de marche plus tard elles trouvent un peu de réseau, appellent la gendarmerie qui les dirige vers une dépanneuse.

Bon, bonne nouvelle déjà.

Seconde bonne nouvelle, on devait être les deux seules voitures à passer dans ce trou perdu depuis des mois, mais trois canaques apercoivent les deux filles et s’arrêtent pour leur porter secours. Explications rapides, on décide de ramener les filles à Nouméa, grelottantes, de poser Nico au début de la piste pour choper la dépanneuse, et moi je reste là en attendant.

Deux heures dans le froid, sans briquet ni allumettes, à poil pour ne pas garder mes fringues trempées sur le dos, seul au milieu de que dalle à des km à la ronde, et ben ça passe pas vite :lol:

Il est 17h, le soleil se couche dans 30minutes, si le camion arrive pas bientôt, je vais crever de froid dans la pampa, et pour me retrouver, autant chercher une aiguille dans une botte de foin.

Je m’endors pour me calmer, bercé par le vent, les zoziaux et le bruit des pales des héoliennes sur les hauteurs. J’entends ENFIN un bruit de moteur, de turbodiesel même, même que ça vient par ici, même que ça sonne comme un gros pickup, même que c’est la dépanneuse et Nico qui a su heureusement guider le mec, sans ça, il se serait perdu (il avouera n’être jamais venu ici, d’ailleurs personne ne vient jamais ici, à part des quads et des motos mais c’est rare…)

Patrick donc, un breton, encore un, descend jusqu’à la rivière et en voyant sa tête, je me dis que ça va pas être du gateau pour sortir Mamie de son bain.

Deux cables, deux chaînes, 30minutes et un bain supplémentaire pour attacher tout, voilà le Paj hors de l’eau. Ouverture des portières et 2m cubes de flotte s’en échappent, y a de la boue partout, l’eau est montée jusqu’au dessus des sièges… :shock:

Reste encore à se taper les dizaines de bornes de piste en sens inverse… J’inspecte le filtre à air, il semble sec, à peine humide. On tente le coup. S’il faut me tracter, avec la pente qu’on doit se taper, on en a pour la nuit, le soleil est déjà couché (18h) et il fait presque complétement noir déjà.

Contact, teheu teheu deux essais et ça démarre, dans un nuage de fumée, de vapeur et de suie. Je remplis la vallée de mes fumées mais ELLE TOURNE ! Mamie est vivante !!!

Le sourire de Patrick en dit long, celui de Nico aussi, et malgré la crise de palu et la fièvre du pauvre dépanneur, on sent le soulagement. Allez zou, c’est pas tout ça, mais on caille, je suis trempé, il fait noir comme dans un cul et on a encore quelques bornes avant de retrouver une route.

Deux heures plus tard, après s’être paumés deux fois, ma mémoire pas trop défaillante nous ramène a bon port, et nous voilà à Nouméa, une douche chaude, des CS de plus dans l’appart, des fringues trempées et plein de souvenirs à raconter :mrgreen:

Moralité : pour traverser une rivière, toujours le faire à pied jusqu’au bout et pas juste les 5 premiers metres :oops:

Moralité 2 : trop d’optimisme n’est pas bon :roll:

Moralité 3 : achetez un 4×4, c’est indestructible, même après 300.000km !

Elle a passé son test avec brio, la Mamie !!!

Et moi, je suis passé pour un con mais m’en fout, pas de blessé et une belle aventure :)

8 Comments on “The Fall Guy

  1. Eh ben dans notre malheur, moi je dis qu’on a eu beaucoup de chance :

    – Patrick a réussi a me trouver dans les hectares de que dalle

    – La voiture n’a rien, pas une griffe :o

    – Le filtre à air est la seule partie du moteur qui n’a pas pris l’eau (sans quoi, c’était eau dans le moteur donc démonter la culasse, sortir les cylindres, vider la flotte, tout nettoyer, deux jours de taf au minimum)

    – Patrick est un ancien para, ancien gendarme, ancien secours en montagne, donc ce genre de plans c’est du pipi de chat pour lui

    – Personne n’est blessé

    – Le moteur tourne comme une horloge, je dirais presque qu’elle tourne mieux depuis son bain :mrgreen:

    – Avec les explications d’Audrey, il était prêt à prendre un camion, qui ne serait jamais arrivé à descendre, on aurait pu rebrousser chemin, laisser la voiture toute la nuit, etc etc heureusement il s’est dit que son Dodge suffirait.

    En tout cas les CS et Audrey ont été super, pas de panique, pas d’engueulade, super bien géré :wink:

    Et là, et ben la voiture sent le chien mouillé, et ça fait floutch floutch quand je freine, il doit y avoir dix ou vingt litres dans les poutres du chassis, je me gare en pente dès que je peux pour évacuer mais ça prendra quelques jours… :mrgreen:

  2. Mais les paysages sont magnifiques !! :) Bravo à tout le monde… plus de peur que de mal mais ça aurait pu être plus grave :roll:

  3. mouhahahaaaaaaaaa

    t’aurais eu une twingo, t’aurais été moins optimiste, na! (oui, c’est ça quand on lit tous les posts de suite, on amalgame des trucs)

  4. J’adore!!!

    Les folles aventures de Brice the Warrior of nowhere hihiihi and his pajero of course!

    FB: je suis fan!

    Genre d’expérience où j’éclate de rire.

  5. Mwais disons qu’au moment meme je riais moins a poil dans la pampa avec ma caisse dans la flotte mais avec le recul ouais un peu plus :twisted:

    C’est quand qu’tu viens jouer dans la boue avec moi ??

  6. ça ne va pas tarder, je pense!

    Avec ou sans Msieur…lol! A chacun ses priorités :lol: